LA MISSION ARCHÉOLOGIQUE FRANÇAISE À BAHREÏN
![]() Le Golfe et l’archipel de Bahreïn |
Par ses travaux de terrain et de publication sur les habitats et les nécropoles des phases régionales de Dilmoun (du 3e au 1er millénaires av. J.-C.), Tylos (250 av. J.-C. / 200 ap. J.-C.), ou Islamique (du 13 e au 16 e siècle), la Mission archéologique française à Bahreïn, fondée en 1977 par Monik Kervran (CNRS, UMR 8167, Paris) et dirigée depuis 1989 par Pierre Lombard (CNRS, UMR 5133-Archéorient, Lyon), apporte depuis près de trente ans sa contribution au développement historique et culturel du Royaume de Bahreïn, établi sur un archipel du Golfe au large des côtes d’Arabie Saoudite. |
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Membres de la mission |
| Directeur Pierre LOMBARD, CNRS-Archéorient Archéologues responsables de chantier(s) : Nicole CHEVALIER, Musée du Louvre, AO (depuis 1989) Jean-Yves BREUIL, INRAP, Nîmes (1992-1996) Autres archéologues : Damien BOUIGES (2000, 2002), Jean-Michel FALQUE (2000), Alexandrine GUÉRIN (1989), Ali HASSAN (2000-2002), Ali IBRAHIM (1995-1996), Muhammad JAFFAR (1989), Ali JOUMA (1990), Amélie LÉON (2002), Robert LUX (1989-1991), Pascal MONGNE (2001), Éric OLIJDAM (1996, 2002-2004), Alexandre RABOT (1995), Anne-Claude RÉMY (1995), Mustafa Ibrahim SALMAN (1989), Pierre SIMÉON (2001), Véronique VACHON (1992, 1993), Abdallah Hassan YAHYA (1996, 2000-2002), Dawood YOUSIF (1991-1995). |
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Architectes : Margo RENISIO (1989-1990), Jean-Paul MAGAND (1991), Marzooq AL-AFOO (1993-1996, 2000-2002), Lionel NOCA (depuis 1992). |
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Qal’at al-Bahreïn |
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![]() Vue aérienne du tell archéologique de Qal’at al-Bahrein, à l’extrémité orientale de la palmeraie nord de l'ile de Bahrein. |
Le vaste tell de Qal’at al-Bahreïn constitue la principale base de travail de la Mission depuis sa création. Ces fouilles s’inscrivent dans la continuité de celles de l’Expédition Danoise qui découvrit le site dans les années cinquante. Elles confirment l’occupation presque continue de cette agglomération de 17,5 hectares, sans doute l’ancienne capitale de l’île, entre 2300 av. J.-C. environ et le 18e siècle de notre ère, date à laquelle l’ensablement du chenal naturel d’accès à ce site portuaire rendit son accès plus complexe. Une vaste forteresse perse, construite en deux phases par les souverains d’Hormuz aux 14e et 15e siècles, puis renforcée de bastions d’angles par les Portugais au 16e siècle, demeure aujourd'hui le témoin architectural le plus spectaculaire du tell.
Coupe stratigraphique du chantier en cours
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![]() Le tell de Qal’at al-Bahreïn dominé par sa forteresse islamo-portugaise. |
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![]() Qal’at al-Bahreïn. La forteresse islamo-portugaise et le chantier de fouilles de l’équipe française. |
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Moins apparente aujourd’hui, la position littorale de Qal’at al-Bahreïn lui a visiblement conféré un rôle essentiel dans le relais que constituait autrefois cette île stratégique entre la Mésopotamie, les rives arabes et iraniennes du Golfe, l'Oman, le sous-continent indien, ou l'Extrême Orient pour les périodes récentes, ainsi qu'en témoigne l’abondance des importations parmi le matériel archéologique découvert depuis près de cinquante ans. |
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| Travaux en cours | |
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Le projet en cours depuis 1989 (qui a succédé à celui conduit en une autre zone du tell par Monik Kervran, CNRS, de 1977 à 1988) s’intéresse principalement à un grand complexe architectural des phases Dilmoun ancien (env. 2300-1800 av. J.-C.), Dilmoun Moyen (milieu du 2e millénaire av. J.-C.) et Dilmoun Récent (première moitié du 1er millénaire av. J.-C.), parfois désigné sous le nom de “Palais d’Oupéri” depuis sa découverte partielle par les Danois en 1957. Dans sa phase finale, ce bâtiment de pierre à l’architecture impressionnante (jusqu’à 4 m de conservation en élévation) se compose de deux unités distinctes : une résidence (“palais”), dont le plan paraît s’inspirer des formules en usage au 1er millénaire av. J.-C. en Assyrie ou en Babylonie, et un ensemble auquel nous attribuons une vocation cultuelle, de plan purement local quant à lui. Fondé sur cette hypothèse de travail, le projet actuel vise, à son terme, d’une part au dégagement des parties Nord de la résidence et du sanctuaire du 1er millénaire, d’autre part à l’exploration, la plus étendue possible, des états antérieurs. |
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![]() Le chantier archéologique en cours d’exploitation depuis 1989. |
Si les niveaux les plus anciens ont pu être atteints en quelques sondages profonds, leur exploration demeure encore limitée. Il confirment cependant l’existence d’une architecture monumentale dès la phase Dilmoun Ancien, vers 2000 BC.
Les niveaux Dilmoun Moyen, qui témoignent de l’occupation des Kassites de Babylonie, ont révélé la résidence de leur gouverneur local, installée dans les bâtiments remaniés et restaurés de la phase précédente. Ils ont d’ores et déjà livré plusieurs lots d’une archive administrative de plus d’une centaine de documents, dont une trentaine environ portent des dates calendaires situant ces textes vers la première moitié du 15e siècle avant J.-C.. De fait, ces tablettes cunéiformes constituent à ce jour la plus ancienne archive kassite mise au jour au Moyen-Orient, ainsi que la manifestation la plus méridionale de la langue akkadienne. |
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Tablettes administratives datées. © Mission archéologique française à Bahreïn |
Figurine votive (phase Dilmoun Récent) .© Mission archéologique française à Bahreïn |
Les niveaux architecturaux de l’âge du Fer (« Dilmoun Récent »), montrent en revanche une rupture avec les constructions sous-jacentes. Le groupe de bâtiments ici dégagés illustre le plan caractéristique des luxueuses résidences que l’on trouve alors en de nombreuses régions du Proche-Orient dans la première moitié du 1er millénaire avant J.-C. : comme ses modèles d’Ur ou de Babylone, celle mise au jour à Qal’at al-Bahreïn distingue partie publique et partie privée, possède une cour centrale, et dispose d’un système sanitaire très élaboré. En l’absence de tout document épigraphique, son identification au palais du roi Oupéri, mentionné vers 709 avant J.-C. dans les insciptions du palais de Sargon II d’Assyrie à Khorsabad, est tentante, mais elle demeure encore une simple hypothèse… En bordure occidentale de cette résidence, le matériel découvert dans une grande salle rectangulaire à piliers (figurines, bols votifs contenant des serpents, support cultuel, etc.) incite à attribuer une vocation religieuse à ce secteur |
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Groupe de figurines humaines en terre cuite (âge du Fer, vers le 9 e/8 e siècle
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On constate enfin qu’au cours de cette période, les morts voisinent avec les vivants: des inhumations d’enfants dans des jarres, ainsi que des adultes inhumés dans des “sarcophages-baignoires” de terre cuite, ont été parfois découverts sous les sols d’habitat. Cette pratique, en complète rupture avec la tradition funéraire locale, où les cimetières de tumuli, depuis l’âge du Bronze, ont toujours été tenus à l’écart des habitats, est en revanche courante en Mésopotamie au 1 er millénaire av. J.-C. Elle est sans nul doute l’indice d’une colonie babylonienne installée à Qal’at al-Bahreïn.
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Peu après l’abandon de ce complexe résidentiel et cultuel, des constructions domestiques de la phase de Tylos (3e siècle av. J.-C. / 2e siècle ap. J.-C.), se sont installées sur ses ruines. C’est aussi à l’extrême fin de cette phase qu’il faut attribuer une remarquable série de stèles funéraires sculptées, que l’équipe française a contribué à mettre au jour dans une palmeraie privée, en bordure du site, près de la mer. |
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![]() Stèle funéraire de la phase de Tylos (env. 2e/3e siècle ap. J.-C.) |
![]() Grès à couverte verte (« céladons ») de la phase Islamique Moyenne (env. 14e siècle av. J.-C.) |
Les niveaux de surface du chantier en cours ont permis enfin de mieux connaître la ville islamique qui s’étendait ici entre le 13 e et le 15 e siècle, dont la vocation commerciale apparaît à travers de nombreux objets importés, en provenance notamment de Chine (porcelaines du type « Bleu et Blanc », grès à couverte verte ou « céladon »), mais aussi d’Indochine ou de Thaïlande. Tous ces niveaux d’occupation « post-Dilmoun » font aussi l’objet d’une grande attention et d’études détaillées au sein du programme en cours |
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![]() ![]() Taxons ligneux et carporestes recueillis en contexte archéologique. © Mission archéologique française à Bahreïn |
On ne peut enfin évoquer le site de Qal’at al-Bahreïn sans mentionner la palmeraie qui l’entoure, avec laquelle ses occupants ont toujours entretenu un lien privilégié. Comme c’est toujours le cas aujourd’hui, les frondaisons des palmiers autorisaient, dès la période de Dilmoun, les cultures fruitières, maraîchères ou céréalières indispensables à la vie de la cité toute proche, comme le démontrent les études paléoenvironnementales conduites dans le cadre du projet actuel. |
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La palmeraie actuelle, à l’ouest du site de Qal’at al-Bahreïn. © Mission archéologique française à Bahreïn |
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| Les perspectives | ![]() |
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Ce cadre naturel, préservé durant plusieurs millénaires, est aujourd’hui menacé par l’urbanisation grandissante de Bahreïn. La Mission Archéologique Française se bat aussi depuis plusieurs années pour la défense de cet environnement et a largement collaboré à la procédure qui a débouché en 2005 sur l’inscription au Patrimoine Mondial de ce site-clé de l’évolution historique des cultures d’Arabie orientale. |
| Quelques éléments bibliographiques |
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LOMBARD (P.) et KERVRAN (M.), 1993, « Les niveaux "hellénistiques" du tell de Qal'at al-Bahrein. Données préliminaires », in U. FINKBEINER (éd.), Materialen zur Archäologie der Seleukiden- und Partherzeit im südlichen Babylonien und im Golfgebiet (Ergebnisse der Symposien 1987 und 1989 in Blaubeuren). Deutsches Archäologisches Institut, Abteilung Baghdad, Ernst Wasmuth Verlag, Tübingen, p. 127-160. LOMBARD (P.), 1996, « The French Archaeological Mission at Qal'at al-Bahrain, 1989-1994: Some results on Late Dilmun and later periods », Dilmun 16, p. 26-42. ANDRÉ-SALVINI ( B.) et LOMBARD (P.), 1998, « La découverte épigraphique de 1995 à Qal’at al-Bahrein: un jalon pour la chronologie de la phase Dilmoun Moyen dans le Golfe arabe », Proceedings of the Seminar for Arabian Studies, vol. 27, p. 165-170. LOMBARD (P.), 1999, « Qala’t al-Bahreïn, mémoire d’une île et d’une civilisation », Dossiers d’Archéologie, Hors-série n° 7, pp. 4-13. TENGBERG (M.) et LOMBARD (P.), 2002, « Paléoenvironnement et économie végétale à Qal’at al-Bahrein aux périodes Dilmoun et Tylos. Premiers éléments d’archéobotanique », Paléorient 27/1,.pp. 167-181 LOMBARD (P.), 2004, « Qal’at al-Bahreïn, mémoire d’un archipel », in Collectif, Archéologies. 20 ans de recherches françaises dans le monde. Maisonneuve & Larose et Éditions Recherches sur les civilisations-ADPF, Paris, p. 514-516. ZHAO (B.), LOMBARD (P.), 2005, « La céramique chinoise importée avant 1500 à Qal’at al-Bahrein : fouilles françaises 1989-2002 », in M. Bernus et Ph. Colomban (éd.), Chine-Méditerranée : Routes et échanges de la céramique jusqu’au 16 e siècle (Actes du 4 e Colloque de la Société Française d’Étude de la Céramique Orientale), Taoci, 4, p. 105-116. KERVRAN (M.), HIEBERT (F.) et ROUGEULLE (A.), 2006, Qal’at al-Bahrain. A trading and military outpost, 3rd millennium BC – 17th century AD. Coll. Indicopleustoi, 4. Brepols, Turnhout. 426 p. |
