UMR 5133

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Laboratoire Archéorient

Environnements et sociétés de l'Orient ancien

Image oiseau MOM

Contrat PEPS

Contrat PEPS

(n°P09/021) 2009

Contrat PEPS

Porteur du projet :
Catherine MARRO
Archéologue - chargée de recherche CNRS
Laboratoire Archéorient (UMR 5133)
catherine.marro[at]mom[dot]fr

 

 

Le sel dans les sociétés protohistoriques de l'Orient
et du Caucase : recherches autour de la mine du Duzdagi (Nakhitchevan, Azezrbaïdjan)

Ce projet a pour point de départ l’étude archéologique de la mine de sel de Duzdagi (Nakhitchevan, Azerbaïdjan), remarquable par sa situation et la richesse de ses vestiges archéologiques. Il s’agit tout d’abord : 1) de dater l’exploitation de cette mine, 2) de mettre en évidence l’évolution de ses modalités d’exploitation, 3) d’analyser son implication économique dans les systèmes d’échanges interrégionaux depuis le Chalcolithique jusqu’à l’âge du Bronze. Dans un deuxième temps, il s’agira 4) de comparer les caractéristiques de cette mine à celles de deux gisements de sel limitrophes, l’un situé près de Khoy en Iran, l’autre près de Tuzluca en Turquie, sur lesquels des vestiges archéologiques sont également avérés. Enfin parallèlement, 5) les données archéologiques seront croisées avec les données épigraphiques concernant l’exploitation et le commerce du sel, contenues dans des textes cunéiformes retrouvés sur certains sites de Syro-Mésopotamie (comme à Mari ; voir Durand 1990).

La mine de Duzdagi est située le long de l’ancienne route de la Soie reliant Tabriz à Constantinople ; elle surplombe la vallée de l’Araxe, voie de circulation majeure orientée est-ouest qui serpente entre les hautes montagnes du Caucase et celles du Zagros. Le gisement de sel, toujours en exploitation actuellement, s’étendrait sur une zone de 2 x 3 km pour une épaisseur de 150 m. Dans les années 70, les ossements de quatre individus, ensevelis avec leurs outils sous une ancienne galerie, avaient été découverts fortuitement par des mineurs soviétiques : les outils, datés du 2ème millénaire avant notre ère, montraient que l’exploitation de Duzdagi remontait au moins au Bronze Moyen. Mais aucune recherche archéologique n’a été menée par la suite pour approfondir cette découverte, jusqu’à notre visite de la mine en 2007, tandis que nous entreprenions des fouilles sur le site d’habitat voisin d’Ovçular Tepesi. Nous avons alors repéré, jonchés sur les pentes de la mine, des dizaines de marteaux en pierre ainsi que des tessons de céramiques dont les plus anciens remontent, semble-t-il, au Chalcolithique (ca. 4500 BC). Par ailleurs, plusieurs entrées de galeries effondrées ont également été recensées. Il faut souligner que les marteaux de Duzdagi, datés du Bronze Moyen, sont morphologiquement comparables aux outils en pierre retrouvés dans le palais « ouest » d’Ebla (daté du Bronze Moyen), en Syrie du Nord (Merluzzi 2003).

Cette découverte est d’une grande importance à plusieurs titres : 1) d’une part, il s’agit d’une des plus anciennes traces d’exploitation de sel gemme connues à ce jour, à côté des mines de Cardona en Catalogne (Weller et Figuls 2007) ; 2) d’autre part, si l’usage du sel est mentionné de façon récurrente dans les sources écrites de l’Orient ancien (comme objet de transaction ou élément de rituel religieux), il est rare que son exploitation soit avérée par des traces archéologiques aisément datables (ce qui est le cas à Duzdagi en raison de la présence d’une céramique relativement abondante) ; 3) enfin, la présence concomitante d’outils très comparables en Syrie du Nord et au Caucase du Sud suggère que ces deux mondes, pourtant contrastés, faisaient partie d’un même réseau économique ; hypothèse soutenue par ailleurs par nos travaux récents sur le site d’habitat d’Ovçular Tepesi (Marro et al. s.p).

Nous souhaitons donc procéder à une étude systématique de la mine de Duzdagi, comme préalable à un programme de recherche plus vaste, pluridisciplinaire, axé sur l’exploitation et le commerce du sel entre le Caucase et la Mésopotamie dans la deuxième moitié de l’Holocène (projet d’ANR). La méthode envisagée est celle d’une exploration des pentes de la mine à l’aide d’un DGPS, de photos satellites et de photos au cerf-volant. Il s’agira de procéder à un enregistrement des artefacts (outils en pierre, concentrations de céramiques) et des structures rencontrées (galeries, foyers etc…), au moyen du DGPS, puis de procéder à une analyse de leur distribution spatiale à l’aide d’un SIG et de photos satellites. La taille du gisement étant considérable, nous envisageons dans un premier temps (2009) de concentrer nos travaux à l’intérieur de deux ou trois « zones-tests », à délimiter en fonction de la topographie de la mine pour tester la méthode et délimiter la zone archéologique. Une étude géomorphologique sera menée parallèlement, afin de comprendre la formation et les caractéristiques de ce gisement. Les campagnes suivantes seront consacrées à l’application de la méthode à l’ensemble de la mine, ainsi qu’à la fouille d’anciennes galeries effondrées, dans la mesure où nous disposerons d’indices de datation suffisant permettant de reconnaître des installations datant du Chalcolithique ou de l’âge du Bronze. Par la suite, on envisage d’étendre nos travaux aux mines de sel voisines de Tuzluca et Khoy, respectivement en Turquie et en Iran. L’ensemble de ces travaux se fera en croisant données archéologiques et données épigraphiques.

Des études géologiques et des analyses isotopiques pour caractériser les différents types de sel (clairement distingués par des termes spécifiques dans les textes anciens) sont également envisageables. Enfin, la comparaison entre les données archéologiques d’un site d’habitat (Ovçular Tepesi) et celles d’un site minier (Duzdagi) permettront d’amorcer une étude régionale de la gestion du territoire et des ressources naturelles des communautés du Caucase, à l’aube de la formation, au Proche-Orient, des premiers Etats et des sociétés urbaines.

Bibliographie :

  • Durand, J.-M. 1990 : « Le sel à Mari : les salines sur les bords du Habu », Mari 6 : 629-634.
  • Merluzzi, E. 2003 : « Ground Stone artefacts from Ebla and Tell Afis : a preliminary analysis of the cutting and percussion tools », Berytus 47 : 29-61.
  • Marro, C. , V. Baxsaliyev et S. Ashurov s.p : «Excavations at Ovçular Tepesi (Nakhichevan, Azerbaijan). First Preliminary Report : the 2006-2008 seasons». In Anatolia Antiqua XVI, IFEA, Paris.
  • Weller, O. et A. Figuls 2007 : « Première exploitation de sel gemme en Europe : organisation et enjeux socio-économiques au Néolithique Moyen autour de la Muntanya de Sal de Cardona (Catalogne) » 1a Trobada internacional d’arqueologia envers l’explotatio de la sal a la prehistoria i protohistoria, Cardona 6-8 desembre 2003.

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