UMR 5133

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Laboratoire Archéorient

Environnements et sociétés de l'Orient ancien

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MENAGER Cécile

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Catégorie
Doctorant
Coordonnées

Laboratoire Archéorient
Maison de l'Orient et de la Méditerranée 
7, rue Raulin, F-69365 Lyon cedex 07
E-mail : cecile.menager[at]gmail[dot]com

 

Thèmes de recherche

Néolithique, industrie lithique, monde égéen, expérimentation

Directeur de thèse

Eric Thirault et Sophie de Beaune
Suivi scientifique : Frédéric Abbès

Thèse en cours

Apparition et diffusion de la percussion indirecte dans le monde égéen au Mésolithique et au Néolithique (VIIIème-IVème millénaires av. J.-C.)

Résumé de la thèse

La percussion indirecte est une technique de taille lithique qui apparait en Europe au Mésolithique (10-6ème millénaires BC) et qui se développe et se diffuse largement dans toutes les sociétés européennes durant le Néolithique (5-4ème millénaires BC).

Plus précisément, c’est vers le VIIIe millénaire, alors que l’agriculture et l’élevage sont déjà pratiqués depuis longtemps au Levant, que la conception des outillages de pierre change radicalement en Europe. De nouvelles manières de penser les outils et de travailler la pierre se développent, fondées à la fois sur l’exploitation des matières lithiques locales (silex, chaille) et sur des matières exogènes (obsidiennes, certaines variétés de silex) qui circulent dorénavant sur de longues distances au sein de réseaux d’échanges.  Le monde égéen, du fait de sa localisation géographique stratégique est une zone clé dans la compréhension de ce phénomène. Carrefour entre l’Orient et l’Occident, il correspond à une zone de passage des sociétés venues du Proche-Orient et se dirigeant vers l’ouest pendant le Néolithique.

Notre recherche se concentre donc autour des questions suivantes :

  • La technique de la percussion indirecte se diffuse-t-elle depuis le Proche-Orient ?
  • Cette éventuelle diffusion est-elle indépendante de la diffusion des modes de vie néolithiques puisqu’elle semble présente dès le Mésolithique en Europe ?
  • Quelles en sont les modalités et quel est son impact sur la production des groupes locaux ? Est-elle en lien avec les évolutions des autres aspects de la culture matérielle comme la céramique ?
  • Comment cette technique a-t-elle évolué dans le temps, depuis son apparition au Mésolithique jusqu’à sa diffusion au Néolithique ?
  • Quel est le savoir requis pour sa réalisation et quel est le statut des tailleurs au sein des groupes ?

La percussion indirecte consiste à exploiter un bloc de pierre pour en tirer des outils non plus en le frappant directement avec un percuteur (technique de la percussion directe), mais en utilisant une pièce intermédiaire (en bois végétal ou animal, en os, ou en métal natif pour les périodes les plus tardives) entre le bloc de silex et le percuteur appelée punch (figure 1). Cette technique allie la force de la percussion lancée et la précision de la percussion posée et permet de fabriquer de manière plus précise et efficace des lames très régulières dont on contrôle parfaitement la morphologie adaptée aux nouvelles intentions de débitage.

Fig. 1 : Percussion indirecte avec outils en bois de cervidés. Tixier et al, 1995, Préhistoire de la pierre taillée, 4, Technologie de la pierre taillée, Paris, éditions du Cercle de Recherches et d’Études préhistoriques, p.31, remaniée.

La technique de la percussion indirecte et celle de la pression se développent conjointement au Néolithique. Cette dernière consiste à exercer une pression sur le bloc de pierre à l’aide d’une sorte de béquille pour provoquer une fracture et détacher les lames. Du point de vue de l’histoire des techniques, il s’agit des deux seules techniques de taille élaborées par des chasseurs-cueilleurs qui sont adoptées par les groupes néolithiques et elles deviennent ensuite l’archétype même des débitages néolithiques. Cela atteste que les populations néolithiques ont emprunté des techniques aux chasseurs-cueilleurs qu’ils ont rencontrés. Ils ont ensuite adapté ces techniques à leurs propres besoins. Notre étude prend donc en compte la percussion indirecte dans son contexte, c’est-à-dire en étudiant l’évolution parallèle de la technique de la pression et l’éventuelle complémentarité des deux techniques.

L’expérimentation peut aider à comprendre les pièces archéologiques et elle est ici nécessaire, car aucun travail d’identification systématique des stigmates laissés par la percussion indirecte n’a jamais été réalisé dans le monde égéen. Notre but  est donc de créer un référentiel expérimental de toutes les possibilités de la technique en faisant varier plusieurs paramètres tels que le niveau de compétence des tailleurs et la nature de la pièce intermédiaire utilisée. Notre but est de développer une méthode de reconnaissance claire de cette technique de taille qui fait pour l’instant défaut aux préhistoriens.

Notre travail d’étude de séries archéologiques réunit trois sites de Macédoine orientale (Grèce du Nord) du Néolithique moyen et récent : Dikili Tash, Promachonas Topolnitsa et Dimitra Serron. Une étude centrée sur le débitage laminaire pratiqué dans ces sites permettra ainsi de diagnostiquer précisément la pratique, les modalités et l’étendue de la percussion indirecte en Grèce, et par la suite, dans les Balkans. Ce travail est complété par l’étude de deux collections syriennes du PPNB entreposées à Jalès dans l’antenne d’Archéorient où la percussion indirecte est pressentie : Tell Mureybet (fouilles J. Cauvin) et Tell Aswad (fouilles D. Stordeur). L’étude de ces deux sites du Proche-Orient permet de comparer l’utilisation de la percussion indirecte dans ces deux zones et replacer les groupes humains du monde égéen dans le contexte néolithique méditerranéen.

Ce travail sur l’invention, la diffusion ainsi que l’impact de la percussion indirecte et des nouvelles économies de débitage dans les systèmes de production des sociétés néolithiques permet donc d’éclairer le phénomène de néolithisation dans le monde égéen et en Europe à partir d’un nouveau point de vue, en mettant en lumière des changements dans les objectifs de la production lithique et plus généralement dans l’organisation techno-économique de ces populations. Au-delà de l’étude de la technique, ce sont bien les comportements humains et l’analyse globale des sociétés passées qui sont en jeu.

Rattachement
Université Lumière-Lyon 2 : Faculté de GHHAT - ED 483 - Sciences sociales - Doctorat Langues, Histoire, Civilisations des Mondes Anciens
Année de première inscription
2017
Date d'entrée
01/09/2017

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