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Porjet TUPAK

2025 - 2028
TUPAK : Toward an Understanding of sedimentary archives, PAlaeoenvironments and past human societies in Khaybar

TUPAK : Vers une compréhension des archives sédimentaires, des paléoenvironnements et des sociétés humaines passées à Khaybar.

Vue aérienne de l'oasis de Khaybar / Aerial view of the Khaybar oasis (K. Guadagnini).

Porteur du projet / Project investigator : Bruno DEPREUX (CNRS – UMR 5133) 

Financement / Funding institution(s) : Agence française pour le développement d’AlUla – French Agency for AlUla development (AFALULA)

Durée du projet / Project duration : Septembre 2025 – Septembre 2028

Partenaires / Partner institutions

  • UMR 5133 Archéorient
  • CNRS
  • Royal Commission for AlUla (RCU)
  • Ambassade de France en Arabie Saoudite

Résumé / Abstract : 

Le projet TUPAK est un programme de recherche interdisciplinaire consacré à l’étude diachronique des interactions entre les sociétés humaines et leur environnement au sein de la région de Khaybar, située dans le nord-ouest de la péninsule Arabique. Occupée de manière continue depuis le Paléolithique jusqu’à nos jours, cette région offre un terrain exceptionnel pour analyser, sur la longue durée, les dynamiques de coévolution entre milieux naturels, systèmes hydrologiques et organisations sociales. Khaybar se distingue en effet par la richesse de ses archives archéologiques et environnementales — plus de 20 000 structures y ont été identifiées — ainsi que par la présence d’importants dépôts sédimentaires susceptibles de documenter l’évolution des paysages, les climats passés et les adaptations sociales.

Le projet a pour ambition de reconstituer l’histoire environnementale de la région, des changements paysagers aux variations climatiques passées, d’évaluer les réponses des hydrosystèmes et des sociétés à ces changements, et de documenter l’émergence ainsi que le développement de socio-écosystèmes complexes, notamment des systèmes agricoles et hydrauliques qui ont assuré la pérennité de la vie oasienne. Dans cette perspective, TUPAK poursuit deux objectifs scientifiques complémentaires : d’une part, étudier les dynamiques hydrosédimentaires et paysagères de Khaybar ainsi que les paléoclimats depuis le Pléistocène jusqu’à nos jours ; d’autre part, comprendre comment les sociétés humaines ont transformé leur milieu et, réciproquement, comment les changements climato-environnementaux ont orienté leurs modes d’occupation et de subsistance, avec une attention particulière portée aux systèmes agraires.

Ces objectifs structurent le projet autour de deux axes de recherche majeurs.

Le premier axe « Paléogéographie, Paléoenvironnement, Paléoclimat » a pour but de :

  • Reconstituer la paléogéographie des vallées de Khaybar et la variabilité spatiale et temporelle des dépôts sédimentaires
  • Documenter l'évolution des dynamiques hydrosédimentaires et paléoécologiques, et comprendre les forçages
  • Identifier et dater l'activité volcanique si elle est enregistrée dans les archives sédimentaires
  • Caractériser la variabilité climatique du Pléistocène et de l'Holocène si elle est enregistrée dans les archives sédimentaires
  • Évaluer les impacts des changements environnementaux sur les occupations humaines

Le deuxième axe « Anthropisation et gestion du milieu » a pour but de :

  • Évaluer les impacts anthropiques sur les dynamiques et les processus hydrosédimentaires des principales vallées, par les indicateurs d’anthropisation au sein des séquences pédosédimentaires
  • Étudier les agrosystèmes par les archives sédimentaires et les structures hydrauliques, et notamment dater et caractériser l’émergence des plantes domestiquées 
  • Caractériser les ressources disponibles et leurs usages dans le temps
  • Définir l'évolution diachronique des impacts des sociétés humaines sur leur environnement 

Pour atteindre ces objectifs, le projet repose sur une approche interdisciplinaire combinant géomorphologie, géoarchéologie, paléoécologie, géophysique, archéologie, géochronologie, sédimentologie et géochimie. L’équipe comprend des spécialistes des différentes disciplines impliquées, dont :

  • Bruno Depreux (CNRS, Archéorient)
  • Ninon Blond (ENS de Lyon, EVS)
  • Adrien Barra (CNRS, EVS/Archéorient)
  • Sylvain Colin (HADES Archéologie)
  • Naïs Sirdeys (CNRS, Archéorient)
  • Omar Nusseyr (CNRS, Archéorient)
  • Sylvia Vinai (CNRS, Archéorient)
  • Michele Dinies (Freie Universitat Berlin)
  • Hatem Djerbi (Paris I Panthéon-Sorbonne Univ., LGP, INRAP)
  • Vladimir Dabrowski (CNRS, Orient et Méditerranée)
  • Ella Quante (Jena Univ., Max Planck Institute)
  • Eric Andrieux (Durham Univ.)
  • Romain Delunel (CNRS, EVS)
  • Jérôme Gattacecca (CNRS, CEREGE)
  • Minoru Uehara (CNRS, CEREGE)

Sur le terrain, le projet se concentre sur l'étude des remplissages sédimentaires des deux principales vallées de Khaybar, al-Suwayr et al-Zaidiyyah. Cela implique en particulier la zone centrale de l'oasis au sein de la palmeraie actuelle, là où l’occupation humaine est la plus dense, tout en continuant l’étude de certains sites archéologiques fouillés par des équipes partenaires (notamment IKAP, dir. Stephen McPhillips, et DREH, dir. R. Crassard). La méthodologie de terrain croise : 

  1. les acquisitions géophysiques pour caractériser la géométrie profonde des vallées étudiées (tomographie de résistivité électrique ERT, anomalies magnétiques et sismique passive « H/V ») ;
  2. les carottages légers (système de gouge monté sur un marteau à percussion Cobra TT) pour multiplier les points de carottages en transect et ainsi étudier la stratigraphie des dépôts à une résolution spatiale élevée ;
  3. les carottages géotechniques pour accéder aux couches sédimentaires les plus profondes que ne peut atteindre le système léger Cobra TT (réalisés en collaboration avec le parc instrumental national de carottage du CNRS « Carottage Continental France » (CCF)) ;
  4. les sondages géoarchéologiques à la pelle mécanique pour étudier les mètres supérieurs du remplissage des vallées, présentant des stratigraphies complexes, qui sont potentiellement cultivés et liés à l'agrosystème oasien ;
  5. et les études « intra-site », où l’échantillonnage et la description des coupes sédimentaires au sein des fouilles archéologiques permettent d’étudier la nature des dépôts, les processus pédosédimentaires à l’œuvre, la stratigraphie générale du site, ainsi que l’analyse des processus de formation et d’abandon du site. 

Cette méthodologie de terrain s’accompagne de travaux en laboratoire, où les séquences pédosédimentaires et anthropogéniques font l’objet de multiples analyses sédimentologiques, géochimiques et paléoécologiques.

Par son ampleur chronologique et méthodologique, TUPAK cherche à répondre à des lacunes majeures dans les connaissances hydrologiques, pédosédimentaires et paléoenvironnementales du nord-ouest de l’Arabie, région encore peu documentée en comparaison des espaces voisins du Levant. Les résultats attendus contribueront à la compréhension des modalités d’adaptation des sociétés humaines aux environnements arides sur le temps long, tout en proposant un cadre analytique renouvelé pour l’étude des socio-écosystèmes dans les milieux arides.